Les manifestations lancées contre l’élection de Nicolas Maduro à la présidence du Venezuela ont fait au moins sept morts, dont un policier, et 61 blessés, selon le procureur général. Alors que les partisans de l’opposition et du gouvernement poursuivaient mardi leurs rassemblements dans tout le pays, 135 personnes ont déjà été interpellées.
A l’appel de l’opposant à M. Maduro, Henrique Capriles, des milliers de personnes sont descendues dans les rues et ont participé à des manifestations émaillées de violences depuis lundi soir. M. Capriles refuse d’admettre sa défaite et réclame un nouveau décompte des votes.
Selon le ministre des affaires étrangères, un sympathisant de M. Maduro aurait notamment été tué “par une arme à feu” près de la capitale. “Aujourd’hui les forces de sécurité sont en alerte” et “nous avons incité les forces politiques à la mobilisation démocratique pour célébrer et ratifier la victoire” à la présidentielle, a lancé le ministre. “L’extrême droite a séquestré l’opposition et sème la violence”, a affirmé le vice-président, Jorge Arreaza, sur Twitter.
Des chaînes de télévision ont affirmé que des opposants avaient attaqué leurs sièges à Caracas, tandis que des membres du gouvernement ont dénoncé des attaques du domicile de la présidente du Conseil national électoral (CNE) et de bureaux du Parti socialiste unifié du Venezuela (PSUV).
“UNE MAIN DE FER” FACE AUX “PUTSCHISTES”
M. Capriles, un avocat de 40 ans, a incité ses sympathisants à “montrer leur colère”, mais sans “tomber dans le piège de la violence”. Il a appelé à des rassemblements devant tous les centres régionaux du CNE, qui a officialisé la victoire de M. Maduro.
Ces manifestations de l’opposition ont été interprétées comme un forme de coup d’Etat déguisé par le camp gouvernemental. M. Maduro, qui doit être investi vendredi, a imputé à l’opposition “fasciste” les victimes tuées, annonçant qu’il n’allait “pas permettre” un rassemblement de l’opposition prévu mercredi à Caracas. Il a promis “une main de fer” face aux “putschistes”, et qualifié de “caprices de bourgeois” la demande d’un nouveau décompte.
En réaction, l’opposition a renvoyé la responsabilité des violences sur le gouvernement. “L’illégitime [Nicolas Maduro] et son gouvernement ont ordonné la violence pour éviter le comptage des votes ! Ce sont eux les responsables !” a affirmé mardi sur Twitter Henrique Capriles
Nicolas Maduro, 50 ans, héritier du défunt président Hugo Chavez, a été officiellement proclammé vainqueur avec tout juste 50,75 % des voix de l’élection présidentielle, organisée à la suite de la mort du charismatique dirigeant socialiste, emporté par un cancer le 5 mars. Le nouveau chef de l’Etat a promis de “poursuivre pleinement son héritage pour la défense des pauvres et la défense de l’indépendance” lors d’une cérémonie solennelle à Caracas.
LES ETATS-UNIS POUR UN RECOMPTAGE
La demande d’un nouveau décompte par l’opposition a été soutenue lundi par la Maison Blanche, dont le porte-parole a estimé qu’il s’agirait d’une étape “importante, prudente et nécessaire”, ainsi que par l’Organisation des Etats américains (OEA).
La mission d’observateurs envoyés par l’Union de nations sud-américaines (Unasur) au Venezuela a, quant à elle, demandé que soient “respectés les résultats” émanant du CNE, “unique autorité compétente” en matière électorale. Mais “c’est une situation très délicate. La marge est tellement étroite dans un pays qui est extrêmement divisé que cela va être difficile à digérer politiquement”, souligne le politologue Ignacio Avalos.
Dans ce contexte, le nouveau président peut aussi redouter la convocation d’un référendum révocatoire dans les trois ans. Il suffit à ses détracteurs de réunir 20 % de l’électorat sur une motion de défiance pour pouvoir organiser ce vote.
Pour de nombreux fidèles, l’élection de Nicolas Maduro est aussi garante du maintien des “missions” créées par Hugo Chavez – des programmes sociaux financés par la manne pétrolière du Venezuela, détenteur des plus grandes réserves de brut du monde. Un engagement, qui s’annonce toutefois difficile à tenir dans une économie en crise avec une dette égale à la moitié du PIB et une inflation de plus de 20 %, un record en Amérique latine.
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