L’opposant politique Rony Timothée, arrêté samedi, a été conduit à la prison de l’Arcahaie lundi sur l’ordre du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Kerson D. Charles. Le chef du parquet n’a pas auditionné le militant de l’opposition lundi matin contrairement à ce qui avait été annoncé.
Il est dix heures du matin, quelques dizaines de sympathisants de l’opposition, des membres de la presse et des curieux sont massés devant les locaux du palais de justice. Selon ce qui a été annoncé, le leader des Forces patriotiques pour le respect de la Constitution (FOPARK) devrait être auditionné lundi matin au parquet de Port-au-Prince. Peu avant midi, selon une information donnée par l’un de ses avocats, le militant de l’opposition sera auditionné au commissariat de Pétion-Ville où il est incarcéré depuis son interpellation samedi.
Les yeux sont désormais tournés vers le commissariat de police où se trouve déjà le commissaire du gouvernement, Kerson Darius Charles. Maîtres Newton Saint-Juste et André Michel, les avocats de Rony Timothée et des leaders de l’opposition politique font leur arrivée au commissariat de Pétion-Ville. Là aussi, quelques dizaines de manifestants se présentent pour dénoncer ce qu’ils appellent l’arrestation illégale du militant politique.
« Nous sommes face à la mise en place d’un régime de répressions politiques et policières », a déclaré Newton Saint-Juste qui s’empresse d’aller s’enquérir de l’état de son client. Nous dénonçons l’arrestation de Rony Timothée qui ne peut être incarcéré pour ce qu’il n’a pas fait, poursuit l’homme de loi. Pour André Michel, le président Martelly ne cesse de piétiner les droits des militants politiques depuis son arrivée au pouvoir. « Nous voulons savoir si on n’a plus le droit de manifester dans ce pays. Nous voulons voir les preuves que détient la police pour incarcérer Rony Timothée », a soutenu l’avocat militant.
Le commissaire du gouvernement est là, les avocats du prévenu aussi. Tout le monde attend au début de l’audition. Coup de théâtre, le commissaire Kerson D. Charles, visiblement très paniqué, prend la direction de sa voiture. Une Nissan Patrol de couleur beige, garée juste en face du commissariat. Sous les moqueries des manifestants, le chef du parquet quitte les lieux. « Alors que le commissaire pressait Rony Timothée et ses avocats pour le déroulement de l’audition, à notre grand étonnement, le commissaire a préféré s’enfuir », a réagi Me Newton Saint Juste. L’atmosphère change devant le commissariat. Une manifestation improvisée débute. Les sympathisants de l’opposition continuent de dénoncer une arrestation arbitraire et la politique judiciaire du gouvernement. Les manifestants accusent le président Martelly d’être responsable de l’arrestation de l’opposant politique. Différentes unités de la Police nationale arrivent pour renforcer le dispositif devant le commissariat. Le flou règne sur ce qui attend le militant de l’opposition toujours gardé à l’intérieur du commissariat. Dans l’intervalle, le député de Croix-des-Bouquets fait son arrivée.
« Je suis venu voir si les droits du prévenu ont été respectés », lance l’ancien président de la Chambre basse, avant de se rendre à l’intérieur du commissariat. « Je suis là pour regarder les conditions de détention du militant arrêté et me rassurer qu’il n’est pas derrière les barreaux pour ses convictions politiques », a-t-il-indiqué.
Alors que les interrogations s’amplifient, Me Newton Saint-Juste annonce avec excitation qu’un mandat de dépôt a été décerné par le commissaire du gouvernement et que Rony Timothée va être incarcéré à la prison de l’Arcahaie. Les dispositifs que mettent en place les forces de police confirment la thèse de Newton Saint-Juste. La présence policière s’intensifie encore plus près du commissariat. Tout laisse croire que la police va déplacer le militant.
Quelques minutes après l’annonce de Newton Saint-Juste, Rony Timothée, accompagné de plusieurs policiers, se présente sur la galerie du commissariat. Le leader de FOPARK lève les mains pour saluer ses supporteurs massés devant le commissariat. Rony Timothée est conduit sous forte escorte policière à la prison de l’Arcahaie après avoir passé deux nuits en garde à vue au commissariat de Pétion-Ville.



