Notre activité sur Facebook nous exposerait-elle à des condamnations ou à des actes de persécution dans d’autres pays ? La section néo-zélandaise d’Amnesty International vient de lancer une application, Trial by Timeline, qui permet de voir si les photos que nous publions sur le réseau social, les pages que nous “likons” et les commentaires que nous laissons seraient passibles de condamnations ailleurs.
Après avoir autorisé l’application – qui n’est actuellement disponible qu’en anglais – à fouiller notre profil Facebook (de façon sécurisée), Trial by Timeline examine, un par un, tous nos contacts Facebook, leurs liens avec des associations de droits de l’homme, les événements auxquels nous participons, etc. Après quelques minutes d’analyse, l’application est prête à rendre son verdict.
Trial by Timeline a d’abord remarqué qu’il s’agissait d’une femme. Dans plusieurs pays, ce simple fait expose à des risques d’agression sexuelle, à des actes de mutilation ou à des persécutions. Amnesty International a aussi constaté qu’aucune religion n’était mentionnée, or l’athéisme peut être considéré comme du blasphème par certains pays. Trial by Timeline relève également que nous avons “participé à des événements où se trouvaient des personnes de différents sexes”, que nous étions “entrée en relation avec des hommes inconnus” – il ne s’agissait en fait que d’une participation à un concert – ce qui aurait été puni par des coups de fouet en Arabie saoudite.
Le seul fait de disposer d’un compte Facebook et d’“exprimer pacifiquement sa liberté d’expression” expose à des représailles. D’autres collègues, qui mentionnent leur employeur sur leur compte, se trouveraient en danger dans certains pays du simple fait qu’ils sont journalistes. L’analyse de profil se termine par une carte qui recense toutes les punitions et leur raison, pays par pays.
Au total, nous aurions été soumise à six actes de torture, à cinq peines d’emprisonnement, nous aurions été agressée sexuellement quatorze fois et il est probable que des extrémistes auraient tenté à six reprises de nous tuer. De quoi faire frémir…
Si l’interface conçue par Amnesty est efficace et élégante, on regrettera cependant qu’une fois apparue la carte synthétisant notre “condamnation”, on ne puisse cliquer sur des informations sur la situation des droits de l’homme pays par pays. Trial by Timeline mêle par ailleurs des condamnations pénales reposant sur les lois d’un Etat et des persécutions qui sont dues à la criminalité d’un pays ou à la présence de groupes extrémistes ou mafieux. Mais, dans son exposé des peines encourues, Trial by Timeline ne fait pas la distinction entre ces différents types de persécutions. On aurait aimé enfin savoir pourquoi c’est au Bangladesh qu’une femme risque le plus d’être agressée sexuellement, ou en Indonésie d’être mutilée. Vu la richesse des rapports d’Amnesty International, il aurait été utile que Trial by Timeline soit une plateforme d’accès à ces informations, pays par pays ou selon les types de persécutions.
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