Des incidents qui discréditent le gouvernement
Watson Phanor se repose chez lui. Rentré à Port-au-Prince ce jeudi, le reporter de RFM a confirmé pour le journal avoir été bastonné le mardi gras par des agents de l’USGPN en détachement avec le président Martelly au Cap-Haïtien. « Je me suis effondré en recevant un coup à la nuque d’un agent avant que d’autres ne s’acharnent sur moi à coups de pied au moment où je me dirigeais vers le navire Adriana, non loin du stand présidentiel », a confié Watson Phanor.« J’avais ma carte de presse, ma carte d’accréditation au Parlement, mon magnétophone et le bracelet donnant accès au navire où l’équipe de RFM avait établi ses quartiers», a-t-il dit, ajoutant que ces préposés à la sécurité du président lui ont reproché d’avoir fait un direct avec le sénateur Moïse Jean-Charles. Outre ce direct avec l’ennemi juré du chef de l’Etat, les agents de l’USGPN, selon Watson Phanor, l’ont accusé d’avoir diffusé des informations non fondées quant à la responsabilité de la police dans des bastonnades pendant le défilé carnavalesque. Le journaliste de 25 ans a reçu des soins à bord du navire.
« La direction de RFM condamne énergiquement les actes de brutalité policière dont ont été victimes ces deux reporteurs Wadson Phanor et Etzer César qui assuraient la couverture des festivités carnavalesques au Cap-Haïtien », a réagi le journaliste senior Rotchild François Junior, propriétaire de RFM (104.9 fm).
« La direction de RFM demande que des sanctions soient infligées aux agents de l’USGPN auteurs de ces actes», a-t-il ajouté, remerciant la corporation et les auditeurs pour leur soutien.
Au bal des reines, samedi, sur les ruines du palais Sans- Souci, à Milot, une équipe de la RTVC, invitée, n’a finalement pas pu filmer l’événement. Six jours après cet incident qui a fait le buzz sur la toile, Patrick Moussignac, patron de RTVC et l’un des magnas de la presse en Haïti, a dénoncé « une rétention de l’information ». « Le président Martelly n’a semble-t-il jamais digéré la prise de position de RTVC pendant la campagne présidentielle », a-t-il insinué, avant d’ajouter que « Le président Martelly n’a toujours pas réalisé qu’il est le président de tous les Haïtiens. De ceux qui ont voté pour lui tout comme ceux qui n’ont pas voté pour lui », a indiqué Patrick Moussignac, soulignant que des investissements importants avaient été consentis pour que la RTVC couvre l’évènement et honore ses engagements envers les sponsors, les commanditaires.
L’AJH condamne L’Association des journalistes haïtiens (AJH), dans une note rendue publique mercredi, a « condamné avec véhémence la bastonnade des journalistes Watson Phanor et Etzer César de RFM dans l’exercice de leur fonction le mardi gras au Cap-Haïtien ». L’AJH, à travers son secrétaire général, Jacques Desrosiers, s’est dite « scandalisée d’apprendre que ces bourreaux, des agents de l’USGPN, se sont acharnés sur Watson Phanor, sachant pertinemment qu’il est un journaliste ». L’Association, dans la foulée, a déploré « l’expulsion d’une équipe de la Radio-Télévision Caraïbes (RTVC) au bal des reines tenu, le samedi 9 février 2013, sur les ruines du Palais Sans-Souci à Milot ». Selon l’AJH, « les premiers éléments d’information laissent croire que les journalistes de la RTVC ont été contraints d’éteindre leurs caméras et du coup de vider les lieux sur demande d’un conseiller du président Michel Joseph Martelly, propriétaire d’un média, membre de l’Association nationale des médias haïtiens (ANMH) ».
L’AJH, poursuit la note, a « constaté que ces actes coïncident avec la publication d’une note du ministère de la Justice citant des articles du code pénal sur la diffamation et le décret du 31 juillet 1986 relatif au fonctionnement des médias.« Cette note qui menace la presse et d’autres secteurs de sanctions suscite beaucoup d’interrogations sur une tentation d’un retour au passé, aux années de plomb des Duvalier », a analysé l’Association des journalistes haïtiens.« L’AJH, dans ce contexte où des nuages semblent poindre à l’horizon, rappelle qu’elle reste attachée à la démocratie, à l’État de droit véritable, à l’exercice libre et professionnel du métier de journaliste », a conclu cette note.
Réactions
Me Lucien Jura, ex-journaliste et porte-parole de la présidence, jeudi, sur Magik 9, a exprimé une « condamnation de principe » de l’agression physique de tout citoyen dans l’exercice de ses fonctions. Nuancé en soulignant que le récit du journaliste Watson Phanor n’est que sa version des faits, Lucien Jura a indiqué que « les accrochages » entre agents de sécurité présidentiels et journalistes sont courants. Ces derniers ne poursuivent pas les mêmes objectifs, a expliqué le porte-parole de la présidence.Lucien Jura, sur l’incident au bal des reines, à Sans-Souci, a reconnu « un pépin dans la planification ». Contrairement à ce qui a été dit, la présidence n’a aucune animosité envers RTVC, a garanti Lucien Jura.

