Emoussée par un scandale de corruption visant des parlementaires de sa coalition, bousculée par la montée en puissance de la candidate écologiste, Marina Silva, dans les sondages, Dilma Rousseff a finalement été épargnée dans les urnes, dimanche 5 octobre.
La présidente brésilienne a remporté le premier tour du scrutin où elle était candidate à sa réélection, avec 41,48 % des voix, confirmant la tendance affirmée par les sondages de ces derniers jours. « La lutte continue et sera victorieuse » a déclaré la candidate du Parti des travailleurs (PT) au pouvoir depuis douze ans, même si la partie est loin d’être gagnée.
NEVES, L’INVITÉ SURPRISE

Aecio Neves, qualifié pour le second tour de la présidentielle brésilienne, a obtenu 6 à 7 points de plus que ce que lui promettaient les sondages.
La surprise est, en effet venue du résultat de celui qui l’affrontera au second tour, le 26 octobre prochain. La qualification du candidat du parti social démocrate brésilien (PSDB), Aecio Neves, qui a récolté 33,68 % des voix, dimanche, était loin d’être acquise. Jamais avant samedi, veille du scrutin, il n’avait dépassé Marina Silva dans les sondages, avant d’effectuer une remontée inattendue dans les études d’opinion, lui qui n’était encore crédité que de 26 à 27 % des intentions de vote selon les derniers sondages.
Tout l’enjeu va donc être pour lui de récolter les voix obtenues par Marina Silva, pour qui le scrutin de dimanche a été un véritable revers. Celle qui a longtemps fait figure de sérieuse rivale pour Dilma Rousseff n’a, en effet, finalement obtenu que 21,29 % des voix.
Elections au Brésil : Marina Silva ne serait plus en seconde position
Plus de 142 millions d’électeurs sont appelés aux urnes ce dimanche. La présidente Dilma Rousseff, candidate du Parti des travailleurs, est largement en tête des intentions de vote pour le premier tour de l’élection présidentielle. Mais elle ne serait désormais plus suivie par Marina Silva. C’est Aecio Neves qui arrive en seconde position, selon un sondage publié ce samedi. Aecio Neves est le candidat du puissant Parti de la sociale démocratie qui a gouverné le pays de 1995 à 2002. Il obtiendrait 24 % des intentions de vote contre 21% pour l’écologiste Marina Silva. Si cette tendance se confirme Marina Silva serait privée de second tour, elle qui a été pendant un moment donnée victorieuse sur Dilma Roussef. Avec AFP et Reuters
« UNIR NOS FORCES »
Les consignes de vote de la candidate du Parti socialiste brésilien (PSB), apôtre d’une « nouvelle politique » en rupture avec la bipolarisation PT-PSDB, sont donc très attendues. M. Neves a appelé, dès dimanche soir, le PSB de Marina Silva à se rallier à sa candidature pour battre Mme Rousseff. « C’est l’heure d’unir nos forces. Ma candidature n’est pas celle d’un parti politique, mais d’un ensemble d’alliances » au service de « tous les Brésiliens qui ont la capacité de s’indigner », a-t-il déclaré.
Marina Silva, ancienne favorite de l’élection présidentielle brésilienne, défaite, dimanche soir.
Propulsée dans la campagne après la mort dans un accident d’avion en août de son allié, le candidat du PSB Eduardo Campos, Marina Silva avait déclenché un tsunami dans les sondages, avec sa promesse d’une politique mi-gauche mi-libérale, loin du jeu des grands partis. Transfuge du PT, évangélique fervente aux positions conservatrices sur l’avortement, elle avait un temps été donnée favorite au second tour contre Mme Rousseff avant d’être rattrapée par la présidente sortante, puis par M. Neves, tous deux poussés par les puissantes machines électorales de leurs partis.
LE PT AFFAIBLI MALGRÉ L’HÉRITAGE LULA
Lors de la campagne, les 142 millions d’électeurs brésiliens étaient partagés entre fidélité au bilan des conquêtes sociales initiées par l’ancien président Lula (2003-2010), le mentor de Mme Rousseff, et coup de barre libéral au centre pour relancer l’économie en panne, après quatre ans de croissance au ralenti jusqu’à l’entrée en récession au premier semestre, sur fond de poussée de l’inflation (6,5 %) et de dégradation des comptes publics. Un maigre bilan contrebalancé par un taux de chômage historiquement bas (4,9 %).
La classe politique a par ailleurs été ébranlée par la fronde sociale de juin 2013. La génération Lula avait alors manifesté en masse contre la corruption des élites, exigeant une amélioration radicale de l’éducation, de la santé et des transports publics, en lieu et place des milliards engloutis dans l’organisation du Mondial 2014 de football. Le PT a aussi vu son image ternie par des scandales de corruption. Mais son héritage de programmes sociaux et d’amélioration du niveau de vie lui vaut le soutien fidèle des classes populaires et des régions déshéritées comme le Nord-est où il est ultra-favori.
Le Monde


