Quelle logique doit primer en NBA ? Sportive ou marchande ? C’est la question qui se pose depuis que l’entraîneur des San Antonio Spurs, Gregg Popovich, a décidé de mettre au repos quatre de ses joueurs majeurs pour la rencontre de jeudi soir opposant son équipe au champion en titre, le Miami Heat, provoquant ainsi l’ire de David Stern.
Alors que les Spurs devaient jouer leur quatrième match en déplacement en cinq jours, Popovich a préféré renvoyer à la maison Tony Parker, Tim Duncan, Manu Ginobili et Danny Green pour que ceux-ci se reposent. Résultat : le cinq de départ de San Antonio face à Miami était composé de Boris Diaw, Matt Bonner, Tiago Splitter, Nando De Colo et Patty Mills. Pas exactement ce dont rêvait la chaîne TNT pour son affiche de la soirée.
Et c’est précisément pour cette raison que le patron de la ligue, David Stern, s’est permis de rappeler à l’ordre le coach des Spurs. “Je m’excuse auprès des fans de la NBA, a-t-il écrit dans un communiqué. Il s’agit d’une décision inacceptable de la part des San Antonio Spurs et des sanctions conséquentes vont tomber.”
L’un défend la santé de ses joueurs et fait ce qu’il pense être le mieux sur le long terme pour son équipe. L’autre défend les intérêts de la NBA, de l’un de ses diffuseurs et des fans.
Il est clair que l’audience de la rencontre a certainement dû être plus faible que si les stars des Spurs avaient joué face à LeBron James, Dwyane Wade, Chris Bosh et Ray Allen. Et il est certain que les fans présents dans l’American Airlines Arena de Miami ont dû être déçus. Mais cela justifie-t-il le communiqué de David Stern ? Un coach n’a-t-il pas le droit de gérer son groupe comme il l’entend ?
UNE CHANCE POUR LES REMPLAÇANTS
Gregg Popovich a déclaré que sa décision avait été prise dès la publication du calendrier l’été dernier à la vue des nombreux déplacements de son équipe en novembre. Les Spurs jouaient en effet à Miami leur sixième match consécutif à l’extérieur, après des déplacements à Boston, Indianapolis, Toronto, Washington et Orlando, et leur onzième match hors de San Antonio depuis le début du mois.
Le but de la franchise texane n’est pas de finir en tête de la NBA après le premier mois de compétition, mais de gagner le titre en juin. Or avec des stars vieillissantes comme Tim Duncan (36 ans), Manu Ginobili (35 ans) et, dans une moindre mesure, Tony Parker (30 ans), Gregg Popovich doit gérer son effectif pour que celui-ci ait une forme optimale quand arriveront les playoffs au printemps.
La NBA n’a d’ailleurs aucune règle interdisant un entraîneur de mettre au repos certains de ses joueurs. Et Popovich a déjà usé de cette option ces trois dernières saisons, notamment en fin de saison régulière.
En plus du repos offert aux joueurs majeurs des Spurs, on peut également arguer que cette décision avait un intérêt sportif. Les remplaçants de San Antonio ont en effet offert une belle opposition, surprenant leurs adversaires et manquant de peu de créer un “upset”. Pour des joueurs comme Nando De Colo (en photo avec Popovich), notamment, jouer une trentaine de minutes contre le Heat vaut de l’or. Une sorte d’apprentissage accéléré du jeu NBA face à l’une des meilleures équipes de la ligue qui lui sera profitable au moment des playoffs.
David Stern devrait tenir compte de tous ses éléments et oublier un peu le business. La popularité de la NBA ne s’est pas construite sur les affiches de saison régulière mais sur les séries intenses des playoffs. Gregg Popovich ne veut pas battre le champion en titre en novembre. Il veut le faire dans six mois en finale.
“Si j’emmenais mon fils ou ma fille de 6 ans au match, je voudrais qu’il ou elle voit toutes les stars et je serais déçu si elles n’étaient pas toutes là, a toutefois reconnu l’entraîneur des Spurs. Donc je comprends ce point de vue. Mais j’espère qu’ils comprendront aussi mon point de vue. Ma priorité, c’est mon équipe et ce qu’il y a de mieux pour elle.”
Via: http://basket.blog.lemonde.fr/2012/11/30/popovich-et-stern-deux-logiques-qui-sopposent/

