L’année 2013 s’achève. Lentement. A coups de Vive et de A bas ! le pouvoir et l’opposition s’affrontent. Pour la première fois en deux ans et demi, des voix s’élèvent pour exiger le départ du président Michel Joseph Martelly. On est loin du dialogue politique censé déboucher sur un compromis, une solution consensuelle pour éviter d’entrer de plein fouet dans le mur qui s’épaissit. Au point que la tenue des élections ne semble plus avoir la vertu de calmer le jeu. Ce qui conduit à quelques certitudes : seuls des gestes d’ouverture du président Michel Joseph Martelly seraient susceptibles d’apaiser la situation.
Sur un « short list », certains verraient bien un rééquilibrage des rapports de force au CTECP pour réduire l’influence ou tout au moins la perception d’influence de l’exécutif sur la machine électorale. La libération des frères Florestal, considérés comme des prisonniers politiques, serait le bienvenu. Cela, avant d’entamer des discussions avec toutes les forces politiques, les forces sociales organisées, le Forum économique du secteur privé et les leaders religieux sur la formation d’un gouvernement d’union nationale, composé de personnalités dont la crédibilité et l’esprit de sacrifice pour le bien-être du pays seraient à toute épreuve.
Dans ce cas-ci, ce gouvernement devrait avoir une feuille de route qui inscrirait d’une part son action dans la continuité des actions positives de l’administration Tèt kale. Et d’autre part, assurerait un climat de confiance et de sérénité favorable à l’alternance, au renouvellement du personnel politique à travers des élections crédibles. Ce faisant, on assurerait une transition politique sans casse, dans le respect du mandat de cinq ans du président Michel Joseph Martelly qui se retrouverait dans l’utile mais détestable corset que représente la Constitution pour les amants de pouvoir absolu.
Au regard de l’histoire de ce pays, cela paraît plus facile à dire qu’à faire. Cependant, comme le président Martelly, (l’opposition) tout le monde devrait se sacrifier, oser l’ouverture. Cette étape importante vers un pacte de stabilité qui devrait être suivi de véritables réformes pour réduire les inégalités socioéconomiques. Le pays et ses élites devront être sérieux sur ce coup-là en agissant au plus vite. Autrement, on risque l’éclatement dont les conditions objectives existent depuis bien longtemps. La crise haïtienne, structurelle, complexe, a déjà été démontrée par d’éminents économistes, d’historiens, de politologues. A ce stade, on comprend mieux que les effervescences politiques à cycle court indiquent le début de la fin de ce système de production de la misère et de la pauvreté. Ce système qui a utilisé des valets à droite comme à gauche.
Le timing ? Le temps est, ces jours-ci, l’ennemi d’une transition sans casse. Lavalas tente de pousser Martelly à la faute pour provoquer l’embrasement. Même s’il y a beaucoup de sceptiques, des gens traumatisés par Lavalas qui ne montent pas à bord du bus « vle pa vle fò l ale ». Cette catégorie est composée de déçus, de tièdes qui ne s’impliquent pas à un moment où toutes les voix comptent, toutes les énergies doivent se mobiliser, se mettre au service de l’ouverture intelligente qui suivra la grande bataille pour la refondation de cet Etat paria, prédateur et confortable dans l’apartheid socioéconomique.
Roberson Alphonse, Source: Le Nouvelliste

