Port-au-Prince, le 27 novembre 2025. – L’ingérence des ambassades américaine, canadienne et française dans les affaires internes d’Haïti n’est plus un secret pour personne. Depuis des décennies, les représentants de ces trois pays n’ont jamais hésité à prendre des décisions primordiales à la place de nos dirigeants, privant ainsi le peuple haïtien et la nation de sa souveraineté. Cette semaine, un nouveau scandale impliquant le chargé d’affaires américain, l’ambassadeur canadien et le conseiller présidentiel Fritz Alphonse Jean attire les projecteurs sur cette pratique empoisonneuse de l’international à l’égard d’Haïti.
Coup de tonnerre dans la classe politique haïtienne cette semaine. Le 24 novembre dernier, Tommy Pigott, porte-parole adjoint du département d’État américain, a annoncé que les États-Unis avaient pris « des mesures pour imposer des restrictions de visa à un fonctionnaire du gouvernement haïtien pour avoir soutenu des gangs et d’autres organisations criminelles, et pour avoir entravé la lutte du gouvernement haïtien contre des gangs désignés comme organisations terroristes étrangères ». Quelques heures plus tard, l’Associated Press (AP) confirmait que ces nouvelles sanctions visaient l’actuel conseiller présidentiel Fritz Alphonse Jean.
Moins de vingt-quatre heures après cette décision, le conseiller présidentiel Fritz Alphonse Jean, accompagné de son collègue Lesly Voltaire, a déclaré lors d’un point de presse à la Villa d’Accueil que les sanctions américaines prises à son encontre n’étaient que des mesures d’intimidation. Il a expliqué que ces sanctions étaient survenues après que lui-même et certains autres membres du Conseil présidentiel de la transition (CPT) avaient envisagé de remplacer le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Ce dernier fait l’objet de critiques en raison de son incapacité à résoudre la crise multidimensionnelle que traverse le pays. L’économiste a affirmé être prêt à combattre ce système, tant qu’il existerait une volonté de bonne gouvernance et des changements tangibles dans le pays.
Ces révélations coïncident avec un relevé de conversations sur WhatsApp Messenger, publié par le clan du conseiller présidentiel pour tenter de le blanchir face à ces accusations de connivence avec les gangs. Dans ces conversations, on peut clairement voir les positions d’André François Giroux, ambassadeur du Canada, et du chargé d’affaires américain Henry T. Wooster, qui menaçaient de sanctionner Fritz Jean s’il poursuivait sa volonté de limoger l’actuel Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé. Si la copie de la conversation est authentique, la situation est préoccupante et exige une réponse proportionnelle.
Nous ne prétendons pas garantir le Conseil présidentiel de la transition, mais des questions se posent concernant ces nouvelles sanctions, qui fragilisent les anciennes prises contre des politiciens haïtiens. Pourquoi l’international vise-t-il uniquement Fritz Alphonse Jean au sein du conseil, alors que d’autres membres soutiennent le remplacement du Premier ministre de facto ? La réponse est limpide : il est le seul à s’opposer directement aux maîtres du jeu. Fritz Jean doit servir d’exemple aux autres Haïtiens qui osent se rebeller contre les colonisateurs. On peut accuser Fritz Jean de tous les maux du monde – incompétent, insensible, menteur… –, mais le fait de le lier à un soutien aux gangs est difficile à avaler.
Pourquoi Fritz Alphonse Jean n’a-t-il pas publié les relevés de conversations avant les sanctions ? Cette révélation aurait eu tout son sens avant le scandale et aurait mis en lumière la machination infernale des colonisateurs. Mais, malheureusement, les politiciens haïtiens ne sont pas avisés. De plus, le Conseil présidentiel de la transition (CPT) n’a jamais bénéficié d’une lueur de légitimité de la part de la population. Issu de l’Organisation des États américains (OEA) après le départ forcé de l’incompétent docteur Ariel Henry, le CPT a été affaibli par un scandale de corruption impliquant trois de ses membres, notamment les conseillers Smith Augustin, Gérald Gilles et Emmanuel Vertilaire. Bien que nous continuions de dénoncer l’ingérence des puissances étrangères dans la politique haïtienne depuis trop longtemps, nous ne pouvons pas pour autant nous dresser en avocats du diable.
Pourquoi l’international soutient-il Alix Didier Fils-Aimé alors qu’il a clairement échoué dans sa mission de faciliter la transition et d’améliorer la situation actuelle ? La question est complexe, car nous ne connaissons pas les accords et les deals qu’il a signés avec les puissances étrangères lors de ses récents voyages à l’étranger. Selon le New York Times, le gouvernement de facto a signé un contrat avec Erik Prince, fondateur de la société militaire privée Blackwater et proche de Donald Trump, face à la montée incontrôlée des gangs armés. Le gouvernement de facto a employé la compagnie de sécurité Vectus Global, qui a promis de déployer plusieurs centaines de mercenaires pour soutenir la Police nationale d’Haïti dans sa lutte contre les gangs, mais jusqu’à présent, les résultats ne sont pas satisfaisants.
Selon le média canadien LaPresse.ca, la compagnie « Vectus Global assume également un rôle de conseil à long terme auprès du gouvernement haïtien sur la manière de rétablir les capacités de collecte de revenus une fois la violence apaisée », sans préciser le montant exact du contrat ni sa durée. Ainsi, quand des responsables américains parlent des intérêts de leur pays en Haïti, on peut faire allusion à ce type de contrat illégal, puisque le Conseil présidentiel de transition (CPT) n’a pas la légitimité pour engager le pays à long terme.
L’ingérence est présente dans toutes les institutions étatiques, notamment dans l’appareil judiciaire. Le Canada fournit continuellement des véhicules blindés, assure la formation de nos policiers et finance la construction des commissariats. La France fait occasionnellement don de matériels et d’équipements, tandis que les États-Unis s’occupent du financement de la Police judiciaire (DCPJ) et du SWAT Team (Groupe d’intervention de la Police nationale d’Haïti – GIPNH), ajoutant à l’ingérence politique qui rend la Police de plus en plus vulnérable.
La liste de l’ingérence des États-Unis, du Canada et de la France en Haïti est trop longue pour être citée en intégralité. Mais, la plus récente révolte les patriotes haïtiens qui rêvent d’une Haïti meilleure. L’ingérence la plus insultante demeure l’emplacement de l’ambassade de France, à seulement deux minutes du palais national, une position stratégique qui avait facilité l’invasion des soldats français au palais en février 2004, lors du coup d’État international contre l’ex-président Jean-Bertrand Aristide.
La situation s’aggrave en Haïti malgré les efforts de la Police nationale, soutenue par des mercenaires. Malgré l’utilisation de drones kamikazes, les gangs contrôlent toujours une vaste portion du pays, notamment 85 % de la capitale. Cerise sur le gâteau, le département de la Sécurité intérieure américain a annoncé le mercredi 26 novembre 2025 la fin du statut de protection temporaire (TPS) pour Haïti, qui prendra effet le 3 février 2026. Plus de 353 000 immigrants haïtiens sont concernés par cette mesure et devront quitter le territoire américain s’ils ne disposent d’aucun autre motif légal de séjour. Il faut rappeler que l’économie haïtienne repose depuis des décennies sur les transferts d’argent de la diaspora.
Cette annonce a été faite 24 heures avant la célébration du Thanksgiving (Action de grâce). Quel cynisme de la part de Tonton Sam !
Merci pour le Black Thanksgiving !
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