Les gens se sont recueillis devant son cercueil couvert du drapeau haïtien, avant d’offrir leurs condoléances à la conjointe du défunt, Véronique Roy, son ex-femme, Michèle Bennett, et leurs deux enfants.
Des membres de l’élite haïtienne et d’anciens responsables du régime Duvalier sont arrivés dans de luxueux véhicules utilitaires sport, se joignant à des citoyens plus modestement vêtus. Les bancs de la chapelle de l’école Saint-Louis de Gonzague de Port-au-Prince se sont rapidement remplis.
Des représentants du président, Michel Martelly, et du premier ministre, Laurent Lamothe, étaient présents, les deux chefs étant présentement en mission à l’extérieur du pays. L’ancien président Boniface Alexandre était aussi présent.
Alors que beaucoup se sont demandé si M. Duvalier, mort samedi dernier d’une crise cardiaque à 63 ans, aurait droit à des funérailles nationales, l’avocat du défunt a annoncé vers la fin de la semaine que ses amis et sa famille organisaient un service simple et privé.
« Qu’il ne reçoive pas l’honneur de funérailles nationales est une petite victoire sur plusieurs aspects pour les opposants au régime Duvalier », a expliqué Alex Dupuy, un sociologue né en Haïti, qui enseigne maintenant à l’Université Wesleyan, au Connecticut. Lui faire des funérailles nationales aurait peut-être envoyé le message que son régime était endossé, plutôt que condamné, croit-il.
Il n’y a pas eu de manifestants à l’extérieur de la chapelle, mais des victimes de son régime ont organisé une manifestation assise aux anciens quartiers généraux de son parti.
Après la fin du service, les anciens membres de l’armée sous le régime de Duvalier, portait son cercueil de la chapelle tandis qu’une foule scandait “Vive Duvalier! Il n’est pas mort!”
Des victimes se manifestent
Parmi la foule dehors se trouvait Mark Etienne ,19 ans, qui a dit que les tontons, la milice civile de Duvalier, ont tué son grand-père en 1984 parce qu’il avait soutenu un mouvement pour renverser le renverser.
«J’étais curieux de voir les gens qui faisaient partie du régime”, a déclaré Etienne, ajoutant: « Il faut qu’il y ait des procès pour le reste des criminels.»
Il n’y a pas eu de manifestants à l’extérieur de la chapelle, mais des victimes de son régime ont organisé une manifestation assise aux anciens quartiers généraux de son parti.
Michéle Bennett présentemichele-bennett-funerailles-duvalier
Michèle Bennett, ancienne épouse de Jean-Claude Duvalier était présente et est apparue éplorée.
Son mariage avec le dictateur, en 1980, est classé parmi le livre Guiness des Records et avait coûté prés de 5 millions de dollars au pays le plus pauvre de l’hémisphère.
La Cour suprême de New York a sommé, le mardi 4 janvier 1996, à l’ex-femme de «Bébé Doc» de restituer plus de 6,5 millions de dollars au gouvernement de Port-au-Prince, au titre des détournements qu’elle avait opérés au détriment des finances publiques haïtiennes avec son. Ce montant était basé sur les avoirs immobiliers et les comptes bancaires new-yorkais de Michelle Bennett, placés sous séquestre judiciaire depuis près de dix ans.
À l’époque, les avocats de l’État haïtien entendaient obtenir la saisie de ses biens en France, où elle vit depuis son départ en exil. Divorcée de «Bébé Doc», elle a su faire fructifier sa part de la fortune détournée par elle et son mari et estimée à environ 130 millions de dollars.
Mais, depuis, aucune poursuite de l’État haïtien n’a porté fruit et, aujourd’hui, le fils des Duvalier, Nicolas, travaille à titre de conseiller au Palais National.
En 2004, un rapport de Transparency International a listé Duvalier comme un des leaders politiques les plus corrompus. Le rapport estime qu’il a amassé une somme entre 300 millions et 800 millions de dollars.
nicolas-duvalierJean-Claude « Bébé Doc » Duvalier a accédé à la présidence en 1971, à l’âge de 19 ans, lorsque son père, le dictateur François Duvalier, est mort subitement. « Bébé Doc » a poursuivi un régime brutal et corrompu jusqu’à ce qu’un soulèvement populaire le chasse du pouvoir, en 1986. Quelque 30 000 Haïtiens ont été tués, dont une grande partie par exécution, sous le régime des Duvalier, selon l’organisme Human Rights Watch.
Jean-Claude Duvalier a vécu en exil en France jusqu’au 16 janvier 2011. Il est alors revenu au pays, créant la surprise générale et poussant les autorités à ouvrir une enquête sur des allégations d’abus des droits de la personne et de corruption. L’enquête n’a toutefois mené à aucune accusation avant sa mort.
Un historien de l’université Duke, Laurent Dubois, croit que la mort de M. Duvalier n’offre aucun sentiment de justice aux victimes et à leurs familles.
«Alors que le corps de M. Duvalier sera bientôt enterré, l’héritage de son règne et de celui de son père est aussi vivant qu’avant en Haïti, et d’une façon ou d’une autre, il continuera d’animer la vie politique du pays», a-t-il affirmé.
NancyRoc.com avec Associated Press, BBC, AFP et Libération

