Le 14 décembre 1899, un représentant du cinématographe Lumière, Joseph Filippi, de passage sur l’île, effectue la première projection publique au Petit séminaire. Le lendemain, il filme un incendie à Port-au-Prince.
Le cinématographe fait son apparition en Haïti pratiquement en même temps que dans les autres pays du monde. Aujourd’hui 115 ans après, le cinéma haïtien marque des pas sur place. Alors en 115 ans le cinéma aura fait plus de 600 milliards de dollars. Des écoles de cinéma s’ouvrent partout, des acteurs sont légendaires. Le petit comme le grand écran amène des millions et des millions de téléspectateurs à travers le monde.
Quand à nous en Haïti, qu’avons-nous fait depuis ces 115 dernières années? Qu’est-ce que le cinéma nous a rapporté ? Ou plutôt qu’est-ce que le cinéma nous a apporté ?
Tout au cours de ce dossiers spéciale, nous allons voir ou en somme nous. Pourquoi nous en sommes là? Et où allons-nous ?
Les années 2000
La première décennie des années 2000 a été une période très décisive pour le cinéma haïtien. Bien que plusieurs film se sont démarqué dans le lot ( Millionnaire par erreur, V.I.P, Le président a-t-il le sida, Barikad, I love You Anne, La peur d’aimer, Le miracle de La Foi, Pluies D’espoir, Journée d’couleurs, Cousines, Dix raisons pour tromper son mari, Les amours d’un zombi, Fabiola, les couleurs de la dignité, Le Kidnappé, Commerce de Charme), la plupart des films ne sont que perte de temps, d’énergie et d’argent. Des soi-disant réalisateurs passent leurs temps à réaliser des films bidons, des films sans aucune histoire. Ils dépensent de l’argent inutilement puisque ces films seront piratés et n’auront pas le temps d’être exploités. Les acteurs ne sont pas bien rémunérés pour un métier ou même dans les pays les plus pauvres d’Afrique, les acteurs ont droit à un salaire honnête. Je me souviens d’une interview accordée à une actrice en 2010, par une station de radio, celle-ci racontait qu’elle touchait un salaire brut de 15.ooo gourdes par film (1 dollar américain = 44 gourdes), et près d’un an après avoir tourné son dernier film elle n’avait pas encore touché son salaire, lorsque le journaliste la demanda quand elle allait tourner son prochain film, elle a dit sans regret qu’elle n’allait plus jouer dans aucun film. Sa carrière s’est donc terminer et elle a continué sa vie professionnelle ailleurs.
Les salles de cinéma ferment : dans tous les pays du monde, s’il n’y a pas de salles de cinéma il n’y a pratiquement pas de cinéma. Le cinéma n’est pas une priorité, personne ne voulaient investir dans les salles obscures jusqu’à ce que celles-ci ferment leurs portes définitivement.
Le piratage : si malgré tout un réalisateur haïtien ou étranger décide de faire un bon film en Haïti avec les normes internationales, ce film risque d’être piraté du jour au lendemain, et ce réalisateur sera premier à voir son film dans les rues du Champs de mars.
Laguerre Carlens
Sources: Conjonction (1983)
Matériel pour une préhistoire du cinéma haïtien
Cinéma de l’Amérique latine. Par Guy Hennebel et de Alfonso Gumucio Dagrón (1981)

