Kiev a basculé dans les mains de l’opposition, mais la transition pourrait s’avérer difficile dans le reste du pays. L’est de l’Ukraine, pro-russe, est toujours favorable à l’ancien président.
Les événements se sont accélérés à Kiev dans la journée de samedi jusqu’à rendre caduque l’accord qui avait été signé la veille entre le pouvoir ukrainien et la troïka européenne. Après la défection de quelques cinquante parlementaires du parti des Régions, la formation de Viktor Ianoukovitch, le parlement national (la Rada), a basculé dans l’opposition, allant jusqu’à déraciner la base politique du chef de l’Etat. Cette dernière est même allé jusqu’à destituer ce dernier qui, dans la matinée, avait quitté Kiev pour une destination inconnue. Le président «a renoncé à ses responsabilités de manière non constitutionnelle et il est dans l’incapacité d’exercer ses fonctions», selon le texte de la résolution parlementaire. Plus tard, ce dernier est apparu à la télévision, alors qu’il était en visite à Kharkov, dans l’est de l’Ukraine, un fief qui lui est traditionnellement acquis. Il a dénoncé un «coup d’Etat» et a exclu de démissionner.
L’opposition a pris le pouvoir à Kiev
A Kiev, en tous cas, il a perdu la partie: entre temps, tous les bâtiments vitaux du pouvoir – l’administration présidentielle, le gouvernement et la Rada -sont tombés en douceur sous le contrôle de l’opposition, devenue majorité, et avec le concours de milices d’autodéfense remarquablement organisées, et acquises à l’insurrection. Sa résidence dans les environs de la capitale a également été abandonnée. Pire pour le président déchu, sa principale opposante, Ioulia Timochenko, qui a toujours accusé celui-ci de l’avoir fait condamner pour des raisons politiques, a été libérée dans l’après-midi de son hôpital pénitentiaire de Kharkov où elle purgeait sa peine. Arrivée quelques heures plus tard sur la place Maïdan Kiev, elle a a fait l’objet d’un accueil triomphal des quelques 50.000 personnes venus l’attendre. Mais son discours n’a pas suscité d’enthousiasme.
«Vous êtes ce qu’il y a de mieux dans le monde», a-t-elle adressé aux manifestants. «Si vous saviez combien de fois j’ai souhaité être ici, combien de fois j’ai souhaité prendre la main de ceux qui se sont battus et ne se sont pas rendus», a poursui l’ex-leader de la Révolution orange, visiblement émue, depuis son fauteuil roulant.
«Si quelqu’un vous dit que c’est terminé et que vous pouvez rentrer chez vous, n’en croyez pas un mot, vous devez finir le travail», leur a-t-elle demandé. «Si ceux qui ont tué et ceux qui en ont donné l’ordre ne sont pas punis avec la plus grande sévérité, cela sera une honte éternelle», a ajouté Ioulia Timochenko.
Mais le scenario d’un renversement du pouvoir en douceur, qui semblait être observé samedi soir, risque néanmoins d’être contrarié, si Viktor Ianoukovtich décidait de s’accrocher à son poste. Le spectre d’une scission du pays entre l’ouest et la capitale d’une part – pro-européen – et l’est du pays – orienté vers la Russie et favorable au président élu en 2010, pourrait devenir toujours plus menaçant.
Le Figaro

