Ça fait un bail depuis qu’il est retourné au pays retrouver sa famille et remplir une mission auprès de la jeunesse si l’on reprend ses mots. Dutty est le genre de rappeur qui se fait remarquer rien que par le timbre de sa voix, son flow qui rappelle ses nombreuses années à la Jamaïque. Basé au Bas-Peu-de-Chose où il passe une bonne partie de son temps à Tapajè Recordz, ou à créer de nouvelles oeuvres artisanales. En pleine préparation de son nouvel album, Ticket se fait donc le plaisir de présenter dans ses colonnes un artisan au chapeau de rappeur, David « François » Darinus plus connu sous le nom de Dutty Nishishi.
La salle de maternité de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti a vu naître en 1977 David Darinus, premier fils de Solange, une dame à l’époque inconnue, qu’un certain Fantom, nèg kò vèt la, ne cessera de citer dans ses chansons un peu plus tard. David grandit à l’avenue Magloire Ambroise sous l’influence du rap qui pourrissait ses rêves. Il a vu pas mal de groupes se fonder, pas mal d’artistes émerger, et bien d’autres finir sans rien accomplir par rapport à ce qu’ils valent vraiment.
Au lycée Pétion où il était pour ses études primaires, deux choses empêchaient David de suivre les cours : les problèmes politiques et la musique. « A l’époque, explique-t-il dans un sourire qui lui a ramené à son enfance, on faisait la musique juste pour dire aux autres qu’on est artiste. J’étais un « crazy » de la musique, j’ai même fait l’école buissonnière à cause d’elle. » L’un des lieux favoris de David était les studios d’enregistrement qu’il arpentait la nuit comme le jour. Il a suivi la carrière de Master J, côtoyé Frantzdy Jamaicain, Top Adlerman, Supadeno, il était un peu partout où le rap pouvait réunir les jeunes qui rêvaient d’être artistes. « Je suis de la veille école, avance-t-il avant de préciser, j’en sais des choses, Barikad a fait impact dans le rap kreyòl grâce aux travaux d’aînés tels Master J, Teddy Fresh, Frantzy, Supadeno, ORS…ce sont eux qui ont posé les bases de l’émancipation du rap en Haïti»
En 1993, David, grand frère de Daniel (Fantom), Gavens, Caslyn et Patricia, quitte le pays pour la Jamaïque où il rejoint son père. Sur son passeport, une erreur s’est glissée, on a mis François Darinus en guise de David, il fait quand même le voyage, et se retrouva dans l’univers artisanal de son père, où la peinture et la sculpture règnent. David ne chante plus, il écrit, peint et se concentre sur ses études. Il s’oriente dans un premier temps vers l’info-technologie, étudie l’hospitalité en tourisme et passa deux ans au séminaire théologique, recevant une formation assez solide qui le permettra de présider pendant cinq ans une branche d’une église Mormon à Ochoriust, Jamaïque nous apprend-il.
Les mois passent vite et David revient souvent voir les siens et ses amis aux rêves de stars. Si à la Jamaïque les études priment, son va-et-vient lui permet de rester connecté avec le rap. Fier, il nous apprend qu’il a travaillé avec Celso, Jimmy et Ansy Michaud à Efex Studio en 1997, date à laquelle le nombre de rappeurs pouvait être énuméré sur les doigts de la main. A cette date, il enregistre deux musiques, un an plus tard, il joue à Jamanaval sur la place Occide Jeanty au Champ de Mars. L’avenir fait
des heureux, et David est compté parmi eux. Aussi loin que sa mémoire remonte, Jean Yves Jason, qui deviendra maire de Port-au-Prince, lui a filé le contact qui lui permettra de réaliser la première interview télévisée de sa vie. C’était à Télémax, chaine 5, à l’ère de Paul Villefranche et ça ne s’oubliera jamais. Jamais !
Les textes que David n’a cessé d’écrire depuis Haïti deviendront sa source d’inspiration aujourd’hui. Il les revoit sans cesse, puise un feeling ou fait une remise à jour. Son retour définitif en Haïti en janvier 2009, après vingt ans à la Jamaïque, est d’une grande importance pour lui. Il affirme même qu’il a une mission ici. Mais, dit-il en souriant, « Je ne sais pas en quoi ça consiste, mais je sais que cela concerne l’éducation de la jeunesse. Pour le moment, je les apprends à reconnaitre qui ils sont. L’identité d’un être est primordial, s’attacher à sa nationalité peut changer en mieux la vie d’une personne en quelque lieu qu’elle se retrouve. »
Dès son retour définitif en 2009 après avoir tout laissé chez son père au pays de Bob Marley, David, désormais Dutty pour le rap, se fait remarquer sur le premier album de Pick-Up clip « Pou lari a » aux côtés de son frère Fantom. Les deux frères s’entendent si bien qu’ils s’associent sur d’autres tracks de l’album « Men nonm lan » de Fantom la même année. Les invitations à participer sur d’autres projets ne tardent plus, Dutty, avec son flow à la jamaïcain est apprécié. Il apporte une autre dimension sur les projets auxquels prend part. « Je chante avec détermination, ponctuation, précise l’artiste, c’est ce qui donne une saveur qui vient de la Jamaïque à mes flows. Y a pas une grande différence entre Haïti et la Jamaïque, ils sont créoles de culture, seule la force de caractère et leur détermination démarquent le Jamaïcain de l’Haïtien »
« Il n’y a jamais eu de relation amoureuse entre Sisy et Dutty »
Le succès croissant qu’il connaît inspire Dutty à réaliser des projets personnels tout en restant attaché à Pick-Up Clip. En 2012, il sort deux albums, « Lavi Pòtoprens » et « Shadow ». Sur les albums, les mélomanes d’ici et de la diaspora s’étonnent de retrouver dans la peau de Sisy, l’ex-chanteuse de Backup, Nancy, un sex-symbol qui faisait baver la gent masculine. La chanson « Lavi Pòtoprens » connait un grand succès dont tout le monde parle. Sisy et Dutty donnent l’image d’un couple uni par la musique et en dehors de la scène. Des photos où ils s’embrassent avec passion sont publiées sur le net, la chanteuse rajoute
le Nishishi de Dutty à son nom signe de leur attachement. Ils font les pages des médias, s’affichent partout. Dutty et Sisy, un couple sur lequel on pose bien des questions.
La plus étonnante réponse à ces questions est celle de Dutty à Ticket Magazine ; pour la première fois, l’artiste a officiellement donné des informations au sujet de sa relation avec la chanteuse : « Sisy et moi n’avions jamais été ensemble sentimentalement. On a travaillé ensemble sur des projets. Les gens ont supposé des choses sur lesquelles on n’a jamais opiné. On a même nourri leur curiosité au profit de notre business.»
Dutty promet bien de choses
Dutty se veut un accro du mouvement socioculturel. Il ne fait pas que
de la musique et de la peinture, mais il s’efforce à mettre en place des structures d’encadrement comme la plateforme Rap kreyòl mizik Board qui a publié les albums « Salute » (Fantom), « Lavi Pòtoprens » et « Shadow ». Ce sera cette même entité qui s’occupera de la publication de « Rap n’ap baw » deuxième album de Pick-Up Click, prévue le 24 décembre et OR (Ofisyèl Respè) qu’il signera le 31 du même mois. L’artiste parle aussi de « Stil pam », une ligne de vêtements sur laquelle il travaille, mais qui attendra sûrement la sortie du Package « Lavi Pòtoprens » qui comprendra le livre et le film.
Nishishi sont des colliers que porte habituellement Dutty. Il en a deux, l’un vient de la Jamaïque et lui rappelle sa descendance africaine, son attachement à la culture créole, à ses racines et l’autre, un cadeau.
Plésius Junior LOUIS (JPL 109) [email protected] via http://www.ayitisakapfet.com

