Parfaitement réglé dans son 4-2-3-1, le Bayern Munich pourrait pourtant peiner face au 3-5-2 d’Antonio Conte. Doit-il innover ? Décryptage tactique.
C’est ce que l’on appelle une soirée chargée. Pendant le PSG tentera de créer l’exploit face au FC Barcelone, le Bayern accueillera la Juventus dans son Allianz Arena. Plus indécis queMalaga–Dortmund, ce quart de finale a tous les ingrédients pour être le show stealer de la semaine. Proches du titre en Bundesliga et en Serie A, le Bayern Munich et la Juventus sont déjà concentrés depuis plusieurs semaines sur cette double confrontation qui verra le vainqueur enfiler le costume de l’outsider n°1 derrière les mastodontes espagnols que sont les Real et le Barça. Finaliste en 2010 et 2012, le Bayern Munich part évidemment favori du fait de son expérience récente de la Ligue des Champions, alors que la Juve fait tout juste son retour parmi les grands noms de la scène européenne. Il va toutefois devoir trouver les solutions face au 3-5-2 d’Antonio Conte. Et ce ne sera pas chose facile. Explications.
La maîtrise bavaroise
Lille et Arsenal l’ont appris à leurs dépens cette saison. Le principal point fort de la formation de Jupp Heynckes réside dans sa capacité à couper en deux son adversaire. Que ce soit les Nordistes en poules ou les Gunners au tour précédent, tous se sont heurtés à la rigoureuse organisation des deux premières lignes allemandes, capables de mettre en difficulté l’adversaire dès qu’il doit ressortir de sa moitié de terrain. Grâce à Kroos, Schweinsteiger et Javi Martinez, les Bavarois sont en mesure de faire de l’entrejeu une zone interdite pour lui. Avec le soutien des milieux excentrés (Ribéry, Muller), ils s’opposent à tous les joueurs capables de faire la transition défense-attaque en privilégiant le jeu court et au sol.
De fait, l’adversaire se retrouve souvent forcé de sauter ses relais habituels. Plus longues, les passes se font naturellement moins précises et les défenseurs bavarois n’ont plus qu’à ratisser les ballons en faisant parler leur puissance physique. L’alliage entre maîtrise technique (Schweinsteiger, Kroos, Javi Martinez), vitesse (Ribéry, Robben) et intelligence dans les déplacements (Muller, Lahm) permet ensuite au Bayern de développer un jeu d’attaque varié et difficile à lire pour les défenses. Bref, tout comme le Barça dans sa meilleure forme, le jeu du Bayern s’appuie sur sa capacité à forcer la relance adverse pour la pousser à la faute et récupérer rapidement le ballon.
Les problèmes du 3-5-2
Or la relance, c’est justement l’un des points forts du système de jeu d’Antonio Conte. En plus de Pirlo, le 3-5-2 turinois peut compter sur trois défenseurs doués techniquement et donc capables d’effectuer la fameuse première relance, capitale pour pénétrer et s’installer dans le camp adverse. Chiellini, Bonucci et Barzagli sont tous les trois très bons dans cet exercice, et possèdent même différents atouts afin de varier le jeu. Le premier est capable de porter le ballon balle au pied pour attaquer le premier rideau adverse ; les deux autres sont capables d’allonger, soit dans la profondeur soit pour renverser le jeu. Bref, au lieu d’avoir deux ou trois joueurs à surveiller, les Bavarois en première ligne (Kroos et Mandzukic ?) en auront quatre.
Si en plus, comme c’est fort probable, Andrea Pirlo a droit à un traitement de faveur de la part deToni Kroos, c’est un trois-contre-un qui risque de se jouer entre le seul attaquant de pointe du Bayern et les trois défenseurs de la Juve. Et aucun des axiaux du Bayern présents en deuxième et troisième rideau ne pourra leur venir en aide : Schweinsteiger, Javi Martinez et les défenseurs centraux seront en effet déjà occupés par les courses de Marchisio, Vidal et des attaquants de la Juve. Dès lors, le Bayern pourrait subir les montées balle au pied de Chiellini ou Barzagli, à hauteur de la ligne médiane. Seule solution pour les Bavarois, faire en sorte que leurs milieux excentrés sortent sur les deux stoppeurs de la Juve.
Mais cette solution entraînerait un autre problème : qui pour récupérer le marquage des latéraux turinois (Asamoah, Lichtsteiner) dans les couloirs ? Les axiaux étant toujours occupés, seuls les latéraux bavarois seraient en mesure de sortir sur ces derniers afin de les empêcher de devenir des relais pour lancer Marchisio, Vidal ou leurs attaquants dans la profondeur. Mais là encore, un nouveau problème se pose : si les latéraux du Bayern sortent de la ligne défensive, la Juventus pourra profiter des espaces dans leur dos pour lancer ses offensifs. Le jeu long de Bonucci, Pirlo ou Barzagli pourrait alors devenir très dangereux pour les Bavarois. Car des latéraux pris dans leur dos obligeraient les défenseurs centraux à se décaler sur l’aile pour fermer le couloir, se retrouvant ainsi loin de leur zone de confort.
Conte invaincu
Ce n’est pas un hasard si la Juventus d’Antonio Conte n’a jamais perdu face à un adversaire organisé en 4-2-3-1 (ou en 4-4-2). Structurellement, le 3-5-2 possède d’énormes avantages face à de tels systèmes de jeu. Défensivement, il garantit un surnombre quasi constant si tant est que le repli de l’ensemble de l’équipe soit efficace. Et offensivement, il pose les problèmes insolubles développés précédemment : chaque solution apportée par le 4-2-3-1 découvre un nouveau souci dans une autre zone du terrain.
Si l’on repasse le parcours de la Juventus depuis l’arrivée de Conte sur le banc de touche, les équipes qui ont réussi à la prendre à défaut se sont appuyés sur la même base tactique : un système de jeu fondé sur trois “défensifs purs” (trois défenseurs centraux ou deux défenseurs centraux et une sentinelle devant la défense). Cette base à trois joueurs derrière permet aux latéraux de sortir sur ceux de la Juve : si l’un d’eux est pris dans son dos, l’un des trois défensifs sort couvrir le couloir et les deux autres restent dans l’axe, permettant de conserver une base solide en cas de centre.
La seule arme qui pourrait réellement permettre au Bayern de prendre un avantage tactique serait d’aller chercher très haut son adversaire, de manière à couper les transmissions à la source, à savoir de Buffon vers le quatuor chargé normalement de la relance. Si la Juve réussit à se sortir de cette première pression bavaroise, elle aura ensuite la possibilité de poser son jeu et de prendre le dessus grâce à l’avantage naturel de son système sur le 4-2-3-1. A moins que Jupp Heynckes ne prépare un coup tactique pour l’occasion. Une place en demi-finale de Ligue des Champions vaut bien une remise en question non ?

