Les drapeaux des 16 pays membres de la Caricom mariaient, ce lundi, leurs couleurs vives au jardin de la Karibe Convention Center. La communauté caribéenne a répondu au grand complet au rendez-vous du 24e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement. Comme plusieurs rues à Pétion-Ville, la salle de conférence de l’hôtel, parée de lumières et de fleurs, était en plein engorgement à l’ouverture de cette rencontre internationale de haut niveau.
C’est pour la première fois que le pays accueille cet événement depuis son entrée officielle dans cette organisation en 2002. Et pour le président Michel Joseph Martelly, cette occasion doit marquer un tournant réel pour Haïti, qui assure depuis janvier la présidence rotative de cette communauté. Malgré ses difficultés, le pays « doit être perçu et traité comme une opportunité », a déclaré le chef de l’Etat haïtien aux autres leaders de la Caricom..
Le pays, qui a sollicité en deux fois déjà un moratoire pour respecter les exigences du marché commun de la Caricom, envisage aujourd’hui d’exporter des produits agro-alimentaires et artisanaux vers d’autres pays de cette communauté (estimée à plus de 16 millions d’habitants). Le président Martelly a promis alors d’harmoniser des lois nationales aux normes communautaires. « Dans les mois à venir, toutes les dispositions seront prises pour mettre le pays en règle avec le régime du commerce des biens et services », a-t-il annoncé. « La loi sur l’importation et l’exportation de biens d’origine communautaire en exemption de tous droits et restrictions quantitatives sera bientôt soumise au Parlement. Il en est de même de la loi concernant le Tarif national basé sur le Tarif extérieur commun et le Système harmonisé 2007 ainsi que celle sur le Certificat d’origine et les sanctions contre la documentation frauduleuse ».
« Dans le domaine commercial, Haïti est en passe d’engager de nouvelles négociations sur sa liste de concessions tarifaires à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a-t-il indiqué, tout en sollicitant l’appui des autres pays de la Caricom. Dans un très proche avenir, nos produits devront fournir toutes les informations sur leur composition et leur origine pour avoir accès à certains marchés ». Par ailleurs, Haïti proposera à ce sommet un projet sur la traçabilité des produits agricoles et non agricoles devant permettre à terme à nos producteurs de se conformer aux réglementations internationales. « Il proposera également un autre projet sur la création d’une marine marchande caribéenne », a informé le président Martelly.
Le secteur privé attend du concret
Si Haïti projette d’offrir divers produits aux pays de la Caricom, c’est surtout sur ses atouts culturels que le pays a misé pour accueillir les représentants de cette communauté. La petite foire artistique tenue dans la cour de l’hôtel Karibe l’a bien illustré. Oeuvres artisanales, livres, toiles picturales, rythmes musicaux, films… cette exposition culturelle a donné aux visiteurs une idée des immenses potentialités existant dans le pays. Haïti n’a jusqu’à présent pas su profiter pleinement de son adhésion à la Caricom, a reconnu le président Martelly dans son allocution de circonstance.
Les témoignages de plusieurs exposants à la foire ont confirmé la justesse de ses propos. « Je n’exporte pas mes pièces d’art dans aucun pays de la Caricom », a déploré Daphnée Karen Floréal, responsable de Bijou Lakay, un atelier artisanal spécialisé dans la production d’accessoires de vêtements pour femmes. Pourtant, comme cette artisane, c’est tout le secteur économique qui est enthousiaste à développer des échanges commerciaux avec les pays de la région caribéenne. D’autant que la Caricom attire chaque année environs 23 millions de visiteurs.
Le potentiel d’affaires existe alors bel et bien. Toutefois, certains représentants du secteur des affaires se veulent réalistes. « Au niveau économique, les signaux ne sont pas encore évidents, a estimé le président de l’AMCHAM, Phillipe Armand. Pour bénéficier des retombées de la Caricom, l’homme d’affaires s’attend à des changements dans le dialogue entre les intervenants économiques du pays.
Ce besoin de changement est aussi partagé par la designer Gerry Romain, exposant à la foire. « J’espère que ce sommet aboutira à des projets concrets et qu’ils ne resteront pas sur du papier », a-t-elle souhaité.
Si le sommet de la Caricom peut lui apporter quelques profits pendant les deux jours, elle souhaite surtout que les retombées s’inscrivent dans la durée. Ce mardi, les questions économiques et commerciaux seront justement au coeur des discussions.

