Port-au-Prince, le 6 novembre 2024. Après quatre mois de campagne acharnée pour le poste suprême de président des États-Unis, le candidat du Parti républicain, Donald Trump, a réussi, sans grande surprise, à vaincre la démocrate Kamala Harris, obtenant 292 votes du collège électoral contre 224, selon les résultats partiels publiés par l’agence The Associated Press (AP).
Toujours selon les résultats partiels, Kamala a obtenu 67 134 702 des votes, soit 47,5 %, et Donald Trump 71 979 150 votes, soit 51 %. Le républicain a notamment remporté les États-clés de Pennsylvanie, de Géorgie, du Wisconsin, du Michigan qui avaient tous choisi Joe Biden en 2020, à l’exception de Caroline du Nord.
Selon un graphique des élections présidentielles dévoilé par le média américain BBC, 54 % des femmes ont voté pour Kamala Harris et 44 % pour Donald Trump. Par ailleurs, le candidat républicain est arrivé en tête auprès des électeurs blancs avec 55 % des votes et Kamala en premier auprès des électeurs noirs avec 86 %. Trump a obtenu une augmentation significative du soutien des électeurs latinos masculins, soit 55 % de votes contre 44 % pour Kamala Harris.
Actuellement, tout est terminé, Trump ne peut désormais plus être rattrapé par la partie adverse. La vice-présidente a appelé le vainqueur pour le féliciter, ce qui représente un geste de fair-play dans la course électorale américaine. Selon un conseiller de Kamala, elle a évoqué avec le futur président l’importance d’une passation pacifique du pouvoir.
Une course électorale agressive et sans limite
Durant quatre (4) mois, les deux candidats se sont livrés dans une bataille à couteaux tirés pour essayer d’impressionner les électeurs qui traversent une crise socio-économique assez bouleversante. Donald Trump ne s’est jamais senti gêné d’attaquer son adversaire avec des mots ou des comparaisons peu conventionnelles. « En moins de quatre ans, Kamala Harris a détruit nos frontières. Nous n’avons jamais eu une situation ainsi. Elle a détruit la classe moyenne, elle a fait bondir l’inflation, ce qui a contribué à des problèmes que nous n’aurions même pas imaginés », a-t-il déclaré.
Il a lancé des propos injurieux contre la communauté portoricaine lors de son meeting à New York. Il a comparé le Porto Rico à « une île poubelle ». Pendant environ un mois, le candidat républicain et son vice-président JD Vance ont mis en place une vaste campagne de haine contre les immigrants haïtiens qui vivent dans l’Ohio, plus précisément dans une petite ville nommée Springfield. Ils ont affirmé que les Haïtiens mangent les chiens et les chats des voisins ainsi que les oies sauvages dans les lacs locaux. Cette rumeur a été démentie par des médias comme CNN, BBC ou encore NBC News, ce qui n’était pas suffisant pour contrecarrer le message original alimenté par Fox News, un média pro-républicain.
Pour gagner la bataille de l’opinion publique, les Républicains ont choisi de rediriger leurs canots sur les migrants haïtiens, en mobilisant les couches racistes de la population et les anciennes familles colonialistes qui ne veulent pas cohabiter avec les immigrants.
Quelles sont les causes de l’échec de Kamala Harris dans cette élection ?
Kamala n’a jamais été la candidate idéale des Démocrates dans cette élection. Elle a été parachutée à cette position à un moment très critique quand le président Joe Biden a renoncé à la course électorale face à Donald Trump le 21 juillet 2024. Malgré son excellent parcours professionnel, et son poste de vice-président, elle n’a pas pu charger les supporteurs démocrates et les couches minoritaires à cause des faiblesses de son administration. Elle avait pour mission d’incarner un renouveau tout en restant la vice-présidente de Joe Biden, qui a échoué d’après une fraction considérable de la population. En plus de son entrée de jeu tardive dans la course électorale, Joe Biden avait confié à Kamala la lourde charge de gérer le dossier de l’immigration, qui représente la plus considérable faiblesse de cette administration après l’inflation.
Certaines franges de l’électorat traditionnellement démocrate, particulièrement les Arabo-musulmans, sont très remontées contre la politique pro-israélienne de l’administration Biden/Harris. Même les électeurs haïtiano-américains ont tourné le dos aux démocrates à cause de l’indifférence de son administration face au chaos en Haïti et du non-renouvellement du programme humanitaire Parole, qui met en mauvaise posture plus de 200 000 bénéficiaires haïtiens vis-à-vis de la nouvelle équipe de Donald Trump.
Qu’est-ce que les Haïtiens peuvent espérer de la nouvelle administration de Trump ?
Concrètement, la nouvelle administration de Donald Trump va appliquer une politique migratoire rigide au détriment des Haïtiens illégaux. Une chose est certaine, elle ne pourra pas déporter plusieurs millions d’Haïtiens d’un coup. Ce serait trop couteux pour son administration, en plus, il aura besoin de cette main-d’œuvre pour relancer l’économie américaine. Comme il l’a annoncé lors de sa campagne, Trump pourrait ne plus renouveler le statut de protection TPS pour les Haïtiens, ce qui va mettre plus de 500 000 d’entre eux en situation irrégulière. De là étant, il va sélectionner en premier ceux qui ont un passé criminel pour les expulser. Ensuite, il va se concentrer sur ceux qui ont traversé la frontière américano-mexicaine de façon illégale.
Pour les bénéficiaires du programme Parole de l’administration Biden, après deux ans, si une personne n’a toujours pas trouvé un moyen de régulariser sa situation, elle va recevoir une lettre de l’immigration lui demandant de quitter le pays, avant d’être ajoutée dans le programme de déportation. Ce développement sera un coup dur pour Haïti, dont l’économie repose presque entièrement sur l’apport de la diaspora.
Concernant la situation chaotique en Haïti, ce sera le dernier souci de Donald Trump et de son vice-président JD Vance, tous deux des nationalistes endurcis. Ils vont se concentrer sur leur pays et appliquer leur slogan « Make America Great Again ».
À rappeler que durant le premier mandat de Donald Trump, Haïti était utilisée comme une sorte de marionnette politique qui avait pour mission de voter en faveur des positions de l’Oncle Sam. L’administration de Trump supportait l’ex-président Jovenel Moïse et le régime PHTK dans ses dérives, et surtout, le pays recevait plusieurs dizaines de conteneurs d’armes à feu et de munitions pour alimenter les gangs.
© Tous droits réservés – Groupe Média MAGHAITI 2024



