Le professeur Moïse Élius, candidat à la députation pour Saint-Michel de l’Attalaye sous la bannière du regroupement Viktwa (Victoire), était l’invité de « 4 sou Tab », l’émission politique de MagHaiti, mercredi 21 octobre 2026. Justice, emploi, inclusion, élections et développement de sa commune : il a livré sa lecture de la crise haïtienne.
Originaire de Saint-Michel de l’Attalaye, Moïse Élius est économiste, avocat et ethnologue. Titulaire de maîtrises en sciences du développement, en droit des affaires et en passation des marchés publics, il enseigne à l’Université d’État d’Haïti. Ancien chef de cabinet d’un sénateur, il a aussi été conseiller spécial du ministre de la Santé publique et conseiller juridique au Programme national de cantines scolaires (PNCS). Déjà candidat par le passé, il retente sa chance.
Justice et emploi, les deux leviers
Pour l’avocat, la crise se nourrit d’abord de l’impunité. Quand la justice ne sanctionne pas, les victimes se font justice elles-mêmes et la violence s’installe. D’où l’urgence d’assainir le système judiciaire avec des magistrats honnêtes.
L’économiste dénonce l’absence de politique publique d’emploi. Sans travail et face à une exclusion sociale extrême, une partie de la jeunesse devient une recrue facile pour les groupes armés. L’État, dit-il, n’a pas à être le plus gros employeur, mais il doit attirer les investisseurs locaux et étrangers pour relancer la production et l’emploi, et freiner l’inflation. Il rappelle aussi que les routes nationales bloquées étranglent les producteurs : des avocats de la Grand’Anse finissent par pourrir ou par nourrir les cochons. La sécurité ne se résume pas aux armes, insiste-t-il : elle passe aussi par l’économie et l’intégration des « sans-noms ».
Il appelle les acteurs politiques et la société civile à s’unir, comme Dessalines, Christophe et Pétion ont su le faire malgré leurs divergences. « Notre intérêt commun, c’est Haïti », martèle-t-il.
Depuis août, il préside LANSE Ayiti (Lutte pour l’Avènement d’une Nouvelle Société sans Exclusion en Haïti). Cette organisation socioprofessionnelle est née à l’Université d’État d’Haïti, et il en est membre fondateur. Il annonce des formations, des bourses d’études et une collaboration avec les CASEC, les ASEC, les mairies et les organisations paysannes. Un bureau doit bientôt ouvrir.
Interpellé sur la faible présence des femmes parmi les représentants de Viktwa, il reconnaît des manquements et rappelle que la loi électorale impose leur participation. Il promet que LANSE Ayiti les poussera vers de grandes responsabilités et n’exclut pas qu’une femme lui succède à la tête de l’organisation.
Un calendrier électoral serré
Le CEP a prolongé jusqu’au 31 octobre l’inscription des candidats. Moïse Élius salue la mesure, mais souligne le casse-tête des candidats aux collectivités territoriales, contraints d’aller chercher leurs documents à la DGI des Gonaïves, de Hinche ou du Cap-Haïtien. Il critique aussi l’inscription des électeurs, limitée à deux bureaux par section, et propose d’envoyer des jeunes munis de tablettes directement dans les communautés.
Pour lui, les élections sont une obligation. Les gouvernements de transition, qui n’ont jamais sollicité le vote populaire, ne se sentent pas redevables envers la population, et les partenaires étrangers hésitent à traiter avec eux. Avec un premier tour fixé au 13 décembre, ce calendrier serré ne serait-il pas un subterfuge pour repousser le scrutin à 2027 ? Il ne l’exclut pas et demande au CEP d’être honnête avec la population.
Saint-Michel, un carrefour oublié
Le candidat décrit l’une des plus grandes communes du pays, un carrefour relié notamment à Ennery, Marmelade, Saint-Raphaël et Maïssade. Il y voit trois grands problèmes. Le premier concerne la filière canne-clairin, qui pourrait devenir une industrie d’exportation si elle était encadrée, alors que les nombreuses guildives paient pourtant la DGI chaque année sans rien recevoir en retour. Le deuxième est l’absence de l’État : sans hôpital adéquat ni banque, les malades doivent se rendre aux Gonaïves ou à Pignon. Le troisième est la route vers Saint-Raphaël, qui est régulièrement bloquée.
Il regrette qu’aucun investissement n’ait été fait dans la commune à l’époque de PetroCaribe. Une fois élu, il promet de plaider pour une agriculture mécanisée et participative dans les vastes plaines de Saint-Michel, propices notamment à la culture de légumes pour l’exportation.
« 4 sou Tab » est diffusé chaque mercredi à 18 h sur les toutes plateformes de MagHaiti. Durant la période électorale, tout candidat peut solliciter une demande d’interview. Pour de plus amples informations, les intéressés peuvent nous contacter via notre mail : [email protected]
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