Originaire de Port-au-Prince, Daphney Dumesle est actrice sociale, gestionnaire culturelle et militante féministe engagée. Depuis plusieurs années, elle évolue dans les domaines de l’action communautaire, de la culture et de la protection de l’enfance. À la tête de sa carrière, elle est fondatrice et PDG de Noah Jean, une institution de médiation culturelle. Dans un entretien accordé à Mag Haiti, elle a révélé les motivations derrière ses choix de militance.
D’emblée, elle affirme sa conviction que l’engagement social doit être à la fois humain, structuré et fondé sur des compétences solides. C’est pourquoi, après des études en Administration publique à l’Institut National d’Administration de Gestion et des Hautes Études Internationales (INAGHEI), elle a choisi de se former dans plusieurs domaines : protection de l’enfance (notamment la lutte contre le système restavèk avec Restavèk Freedom), genre et sexualité avec Nègès Mawon et la Faculté des Sciences Humaines. Elle a également reçu des formations en prévention de l’exploitation sexuelle, gestion et résolution de conflits, techniques de négociation et management, service à la clientèle et communication professionnelle, leadership et efficacité organisationnelle.
Comme outils de médiation et d’éducation communautaire, elle s’est perfectionnée dans le théâtre et la performance.
Dans ses propos, l’originaire de Port-au-Prince explique que c’est cette ville qui l’a orientée vers son parcours professionnel. « Cette ville m’a façonnée par ses contrastes, entre les difficultés sociales et sa richesse culturelle, entre le tumulte de ses rues animées et la tranquillité des quartiers désertés. »
Elle souligne que ces réalités l’ont très tôt sensibilisée aux enjeux citoyens et inspirée à agir concrètement pour transformer son environnement.

Pourquoi avoir choisi les enfants comme champ de bataille ?
À cette question, Dumesle répond avec précision. « Parce que les enfants sont parmi les plus exposés aux conséquences des crises sociales en Haïti. Ils subissent souvent violence, négligence et exploitation. »
Pour elle, travailler en faveur de l’enfance, c’est intervenir à la base, avec responsabilité, méthode et éthique. Ses formations en protection de l’enfance lui ont permis de comprendre l’importance d’une action durable et encadrée.
Elle insiste, s’engager auprès des enfants, particulièrement ceux issus de milieux vulnérables, relève à la fois d’un engagement professionnel et d’« une responsabilité affective et citoyenne ».
Et le féminisme ?
Au-delà de son engagement social, Daphney Dumesle se définit avant tout comme féministe. Selon elle, il s’agit d’un engagement éclairé par la formation et l’expérience.
« Comprendre les rapports de genre, les violences basées sur le genre et les mécanismes d’exclusion m’a permis de développer une approche juste et inclusive. Mon féminisme est ancré dans l’éducation, la prévention et l’autonomisation des femmes et des filles », dit-elle.
L’art et la culture comme leviers
Outre les enfants, la responsable de Noah Jean est également impliquée dans le travail communautaire, appuyé par la culture et l’éducation.
Dans ses actions, elle utilise l’art, la parole, le militantisme et la création collective comme outils de médiation pour aider les enfants et les jeunes à s’exprimer, à comprendre leurs droits et à se projeter autrement dans leur avenir.
Depuis 2017, elle milite aussi pour l’inclusion des personnes handicapées, notamment à travers la Quinzaine Handicap et Culture, dont elle a assuré la logistique pendant quatre ans.
Elle a été officière mobilière de formation avec Filles à besoins spéciaux pour la réforme (FIBESR), a participé à l’élaboration du cahier des charges pour les prochaines élections avec l’Institut National Démocratique (NDI), et en 2024, elle a été coordinatrice pour la Grand’Anse dans le cadre de l’enquête de l’Aksyon Sitwayen Angaje (ASA).
Qu’est-ce qui rend son travail unique ?
Engagée, Daphney estime que son travail se distingue par l’articulation constante entre formation, action de terrain et médiation culturelle.
La culture est au cœur de son action. À travers Noah Jean, elle devient un outil concret de transformation sociale. « J’utilise l’art comme langage accessible pour créer du dialogue, sensibiliser aux droits humains et valoriser les identités. », a-t-elle indiqué.
« Mon engagement pour l’inclusion, la participation citoyenne et le dialogue culturel rend mon action singulière et durable. », conclut-elle.
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