« Pour manger un bout, je suis obligé de mendier les chauffeurs de camionnette, parfois ils m’en donnent, d’autres fois non. Depuis 2 jours je suis privé de nourriture, ce matin j’ai seulement bu un sachet d’eau glacée », dit-il avec désinvolture, ne sachant pas s’il va trouver de quoi manger.
En Haïti, l’insécurité alimentaire est de plus en plus alarmante. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), environ 1,64 million de personnes n’ont pas accès à des aliments sains et nutritifs. Dans cette situation, les enfants sont particulièrement touchés, avec une augmentation grandissante de 19 % du nombre d’enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère en 2024. Si certains enfants n’ont aucun souci pour trouver un plat chaud à travers les dons des organismes nationaux et internationaux, les enfants de rue sont quasiment exclus de cette catégorie. Ceci se reproduit en dépit de la signature de la Convention internationale des Droits de l’enfant (CIDE) par Haïti en 1994, qui stipule que l’État a l’impérieuse obligation de s’assurer que ces derniers ont une alimentation suffisante et équilibrée.
On est en 2024, à Carrefour de l’Aéroport il est 10 heures, après plusieurs détours on rencontre enfin un enfant de rue. Âgé de 12 ans, Only est un survivant de la violence des gangs à Delmas 3. À une heure où il devrait déjà prendre son déjeuner, le petit était plutôt à son deuxième jour de faim. Maillot déchiré, pantalon délabré, il suivait le pas d’un marchand de nourriture cuite qui vendait dans une brouette qu’il présentait comme son ami.
Il nous raconte qu’à son âge, mendier n’assure pas toujours son espoir de goûter quelque chose. Il nous confie même que si ce marchand d’arlequin ambulant qu’il suivait ne lui gratifiait pas de nourriture ou qu’il a chômé un jour, il va en payer les frais car c’est son seul espoir quand il ne récolte pas d’argent venant des gens.
« Pour manger un bout, je suis obligé de mendier les chauffeurs de camionnette, parfois ils m’en donnent, d’autres fois non. Depuis 2 jours je suis privé de nourriture, ce matin j’ai seulement bu un sachet d’eau glacée », dit-il avec désinvolture, ne sachant pas s’il va trouver de quoi manger.
Questionné pour savoir s’il connaissait vraiment Only, le marchand en question nous répond que oui tout en continuant son chemin pour vendre sa marchandise.
Si celui-ci vendait déjà sa nourriture, Marise, elle, en compagnie d’une aide-ménagère, préparait son repas pour midi. C’est en ces termes qu’elle nous a expliqué la faim qui combat les enfants de rue.
« J’ai aucun problème à donner de la nourriture à un enfant, d’ailleurs chaque jour je fais cette œuvre. Ces enfants n’ont aucun encadrement, en tant que mère de deux enfants ça me fend le cœur de les voir mendier ainsi dans la rue Parfois, je propose même aux petites filles de les héberger, mais elles n’acceptent pas », déclare-t-elle en ajoutant que ces derniers devraient être sous le contrôle d’un parent, surtout que les autorités étatiques prouvent qu’elles n’en ont rien à faire d’eux.
La faim et la maladie cohabite pour le mal être de l’enfant
En accumulant des jours sans être nourri, Only nous révèle qu’il souffre d’une hernie. Chez lui, cette maladie se manifeste en gonflant ses testicules et son pénis, tout en ressentant des piqûres fréquentes. En plus, il nous explique qu’à plusieurs reprises il a dû rester au chevet de sa mère à cause des maux de ventre.
« Quand je ne mange pas, mon pénis devient plus gros que d’habitude, et me pique simultanément. Parfois ça se gonfle, parfois ça descend, si je ne mange pas aujourd’hui il va gonfler. Des fois j’ai de sérieux maux de ventre qui me valent des larmes durant 2 à 3 jours », se remémore -t-il.
Selon les déclarations de l’enfant de 12 ans, il mange pas d’aliments trop variés, n’ayant pas de choix, il mange presque du riz à chaque fois qu’il trouve à grignoter dans la journée. Le matin il ne mange pas, le soir s’il peut trouver quelque chose pour mettre sous la dent, ce ne sont que des aliments qui demandent du temps pour une bonne digestion.
Un enfance difficile pour un garçon fragile
Malgré sa situation, rien n’a pu enlevé le sourire et la bonté qui animent Only. À son âge, il a fait face à la guerre des gangs dans son quartier, il raconte que c’est une circonstance qui a mis fin à son rêve d’écolier alors qu’il était en 4ᵉ année fondamentale à l’école Dessalines Legrand de Delmas 3. C’est avec beaucoup d’enthousiasme et d’espoir qu’il nous a confié qu’il chérit le rêve de devenir un jour un professeur d’école.
Pour ce qui est de son amusement en tant qu’enfant, il assure qu’il joue au football et aux billes, fait du vélo avec ses amis de rue.
Même si sa vie est épineuse, c’est l’un des enfants de rue qui se promet de ne jamais rentrer dans des activités illégales et louches D’ailleurs, c’est pourquoi il nous a dit qu’il ne fume ni ne boit d’alcool parce qu’au final, dit-il, la ligne droite est celle pour laquelle je me battrais toujours pour suivre, l’autre chemin n’est pas pour moi.
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