De Port-au-Prince à Paris, Me Esther Grégoire a brillé sur la scène internationale en recevant le Prix OHADA du concours d’éloquence du Barreau de Paris, le 27 novembre dernier. L’avocate du Barreau de Port-au-Prince s’est confiée à l’équipe de Mag Haiti sur cette distinction qui revêt pour elle une valeur symbolique immense.
« Ce prix symbolise l’aboutissement d’années de rigueur, de travail et de discipline », se réjouit-elle, soulignant qu’il représente aussi une preuve tangible de la place que peut occuper l’éloquence juridique haïtienne sur les scènes internationales les plus exigeantes. Elle y voit également un véritable moteur pour poursuivre son engagement en faveur de la justice et des libertés fondamentales. Selon elle, le prix de l’Organisation pour l’Harmonisation en Afrique du Droit des Affaires (OHADA) rend aussi hommage à toutes celles et ceux qui, en Haïti, continuent de défendre le droit malgré la crise nationale.
Le Prix OHADA distingue un avocat ou une avocate ayant démontré un engagement particulier en faveur de confrères exposés à des risques dans l’exercice de leur profession, qu’il s’agisse d’arrestations, de persécutions, de menaces ou d’atteintes physiques. Cette distinction met en lumière un principe fondamental de la profession : la « défense de la défense ».
La crise sécuritaire d’Haïti a poussé Grégoire vers l’étranger
Avant d’en arriver là, Esther Grégoire a dû quitter le pays en raison de l’insécurité ayant conduit notamment à l’assassinat du bâtonnier Monferrier Dorval. Ce départ forcé lui a néanmoins permis de se perfectionner, d’acquérir de nouvelles compétences et de renforcer sa capacité à contribuer, à terme, au rétablissement d’un système judiciaire solide et indépendant.
Née à Port-au-Prince, Me Grégoire a fait ses premiers pas dans la profession à l’Université d’État d’Haïti (UEH). Elle raconte toutefois que le droit s’est imposé à elle comme une évidence. « Au Collège Catherine Flon, j’ai découvert la puissance de la parole, de la logique et de l’argumentation », explique-t-elle. Avocate au Barreau de Port-au-Prince, elle est titulaire d’un master en droit des libertés de l’Université catholique de Lyon ainsi que d’un master 2 en droit des affaires de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
Elle a également été lauréate du concours de plaidoirie sur les droits humains du BDHH, du concours de texte et de reportage de l’OPC, et a représenté Haïti au concours international d’éloquence de Paris 1 en 2019.
Un message inspirant pour les jeunes
Aux jeunes qui aspirent à suivre la voie de la défense humaine, elle rappelle que l’excellence n’est pas une question de circonstances mais de conviction. Elle les encourage à ne pas craindre d’être ambitieux, de viser loin et de s’imposer.
Elle soutient que le droit est un instrument de liberté et souligne : « Un avocat otage de ses mots n’est plus un avocat ; une justice qui bâillonne ceux qui la servent n’est plus une justice. » C’est pourquoi elle invite les jeunes à profiter de cette période de crise pour cultiver leur voix, se former avec rigueur et s’engager avec intégrité.
« Nous vivons une période difficile, mais également une période d’opportunités inédites. Grâce aux nouvelles technologies, la formation n’a jamais été aussi accessible. Je les invite à transformer l’incertitude en tremplin, à utiliser chaque outil disponible pour développer leurs compétences, nourrir leur curiosité et préparer l’avenir », affirme-t-elle avec assurance.
Elle conclut par cet adage : « Se former aujourd’hui, c’est se donner les moyens de reconstruire demain. »
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