En 1999, quand René Préval constate la caducité du Parlement, la loi électorale de 1995, sous l’égide de laquelle les députés, des sénateurs, les maires, les Casecs ont été élus, est claire : Le deuxième lundi de janvier 1999, ces élus doivent partir.
Préval constate la fin de la législature sans avoir laissé transpirer ses intentions. En décembre 1998, après des et des tentatives infructueuses pour nommer un Premier ministre, il trouve un accord pour faire passer Jacques-Édouard Alexis. Le dernier Premier ministre de son premier mandat n’aura même pas le temps de présenter devant les chambres sa déclaration de politique générale en bonne et due forme. Son choix ayant été ratifié, il prend poste dans un désert parlementaire.
La situation de 1999 n’a rien de comparable avec celle de 2014 qui s’annonce sauf qu’encore une fois, la présidence se retrouve à l’étroit dans le corset parlementaire. À la différence de Préval, Martelly n’avait pas d’élus ou si peu lors de son élection. Si Préval perdait ses alliés de l’OPL en cours de route, Martelly se fait de chers amis depuis son élection. Les deux situations sont inconfortables.
En 1999, la loi électorale était claire même si elle écorchait la Constitution de 1987. En 2013, des articles de la loi électorale de 2008 sont en conflit. On a voulu à la fois respecter la Constitution et agencer temps constitutionnel et temps électoral pour rattraper et corriger les retards dont nous sommes devenus les champions en matière d’élection. http://radiotelevisioncaraibes.com
Autre différence majeure, dès son élection en 2011, Michel Martelly sait que les élections sont en retard. Il gaspille deux ans, gêné par l’opposition ou empêtré dans ses propres atermoiements et ne réussit pas à organiser les joutes électorales. Va-t-il pouvoir profiter de ses propres fautes, lui le garant de la bonne marche des institutions ?
La différence majeure entre 1999 et 2014 est que, cette fois, si le président constate la fin du mandat de 10 sénateurs, il provoquera la mort du Parlement. Que pourront voter les députés s’il n’y a plus de Sénat fonctionnel pour donner aux lois la force exécutoire ? À quoi peuvent bien servir les 10 sénateurs qui resteront en poste en l’absence de 20 des leurs ?
Michel Martelly a laissé transpirer ses envies de gouvernement sans contrôle parlementaire bien trop tôt pour que toute la société ne s’inquiète de ses velléités même si les parlementaires, en faisant tout pour lui mettre des bâtons dans les roues, lui ont suggéré la solution de la table rase.
Le problème, la table rase ou remporter tous les postes électoraux, ne sert pas la démocratie ni n’a jamais porté chance à aucun de nos présidents, toutes tendances confondues, depuis 1986.
Dans la perspective de janvier 2014, l’exécutif et le législatif chantent « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette ». L’un a besoin de l’autre, mais aucun des deux ne veut céder la priorité ni reconnaître la nécessité de s’asseoir avec l’autre.
Aujourd’hui, comme en 1999, pour que le pays aille de l’avant, l’on doit trouver un accord politique. Préval avait attendu mars 1999 pour signer une entente avec ses opposants, Martelly peut faire l’économie du temps perdu dès maintenant.
Frantz Duval, Le Nouvelliste

